
Contrairement à l’idée reçue, la clé pour réussir en capital-risque n’est pas de dénicher seul la future pépite, mais de savoir suivre intelligemment ceux qui ont déjà un accès privilégié aux meilleurs dossiers.
- Les deals les plus prometteurs circulent dans des cercles fermés, loin des plateformes publiques, en raison d’une forte asymétrie d’information.
- Adopter une posture de « Follower » stratégique derrière un « Lead Investor » expérimenté est statistiquement plus rentable que de mener sa propre analyse de manière isolée.
Recommandation : Concentrez vos efforts non pas sur l’analyse de centaines de startups, mais sur l’identification et l’intégration des réseaux de Business Angels où l’expertise est mutualisée et le deal-flow déjà qualifié.
Pour l’investisseur individuel attiré par le dynamisme des startups, le parcours ressemble souvent à une quête solitaire. On passe des heures sur les plateformes de crowdfunding, on épluche des dizaines de pitch decks, espérant trouver la perle rare avant tout le monde. Pourtant, une frustration s’installe : les dossiers les plus solides, ceux qui attirent les investisseurs les plus chevronnés, semblent toujours hors de portée. Le secteur du capital-risque en France est pourtant en pleine effervescence, avec 98,6 millions d’euros investis par les business angels en 2024, soit une hausse de 33% par rapport à 2023.
Le conseil habituel est alors de « se construire un réseau » ou de « faire ses preuves », des injonctions vagues qui peuvent sembler décourageantes. Et si l’approche la plus efficace était contre-intuitive ? Si, au lieu de chercher à devenir un expert capable d’analyser chaque aspect d’un deal, la stratégie la plus rentable consistait à capitaliser sur l’expertise des autres ? L’enjeu n’est pas tant de savoir tout analyser, mais de comprendre les règles du jeu de l’asymétrie d’information qui régit le capital-risque. La véritable compétence réside dans la capacité à identifier et suivre les « Super Angels », ces investisseurs leaders dont le jugement et l’accès au marché réduisent considérablement le risque pour ceux qui les accompagnent.
Cet article n’est pas un guide pour devenir un Business Angel classique. C’est une feuille de route pour devenir un « Follower » stratégique. Nous allons déconstruire le mythe de l’investisseur solitaire pour vous montrer comment pénétrer les cercles d’investissement les plus sélectifs, évaluer la pertinence de suivre un leader, et comprendre les coûts et les bénéfices réels de cette approche collaborative. L’objectif : transformer le risque en une opportunité calculée, en misant non pas sur une startup, mais sur l’intelligence collective des meilleurs.
Pour naviguer dans cet écosystème complexe, il est essentiel de comprendre ses rouages internes, des cercles les plus privés aux plateformes les plus ouvertes. L’article qui suit est structuré pour vous guider pas à pas dans cette démarche stratégique.
Sommaire : La feuille de route pour co-investir avec les meilleurs Business Angels
- Pourquoi les meilleurs dossiers n’arrivent jamais sur les plateformes publiques ?
- Comment intégrer un réseau de Business Angels sélectif quand on n’est pas un ex-CEO ?
- Être Lead Investor ou Follower : faut-il négocier le deal ou suivre ceux qui savent ?
- L’erreur d’investir juste parce qu’une célébrité a mis un ticket (le biais d’autorité)
- Cotisations et « Carry » : combien coûte réellement l’adhésion à un club de Business Angels ?
- Comment participer à un Club Deal immobilier pour investir dans un immeuble avec d’autres particuliers ?
- Apporter de l’argent ou du réseau : pourquoi le « Smart Money » obtient de meilleures conditions ?
- Pourquoi investir en PME non cotée rapporte-t-il plus que la bourse malgré le risque d’illiquidité ?
Pourquoi les meilleurs dossiers n’arrivent jamais sur les plateformes publiques ?
La raison fondamentale pour laquelle les opportunités d’investissement les plus prometteuses ne sont pas accessibles au grand public tient en deux mots : asymétrie d’information. Dans l’écosystème du capital-risque, l’information de qualité est une ressource rare et précieuse. Les fondateurs de startups à haut potentiel cherchent non seulement de l’argent, mais surtout du « Smart Money » : un réseau, une expertise sectorielle et une crédibilité. Ils s’adressent donc en priorité aux investisseurs capables de leur apporter cette valeur ajoutée, bien avant d’envisager de diluer leur projet sur une plateforme de crowdfunding.
Cette recherche d’efficacité crée une hiérarchie naturelle dans l’accès aux opportunités, souvent appelée « deal-flow ». Comprendre cette cascade est la première étape pour savoir où se positionner. L’accès aux deals ne se fait pas sur un marché ouvert et égalitaire, mais selon une séquence bien définie où les premiers servis sont systématiquement les mieux connectés et les plus réputés.
Voici comment cette hiérarchie se structure, des cercles les plus intimes aux plus ouverts :
- Amis & Famille (Love Money) : Le premier cercle d’investisseurs, composé des proches du fondateur, qui investissent sur la base de la confiance personnelle avant même qu’un produit n’existe.
- « Super Angels » individuels et syndicats privés : Des investisseurs au track record exceptionnel ou des groupes de Business Angels (BA) se regroupant en sociétés (SIBA) ou SPV (Special Purpose Vehicle) pour partager les risques et la due diligence. C’est à ce niveau que les deals les plus compétitifs sont sourcés et négociés.
- Réseaux de Business Angels structurés : Des organisations formelles comme France Angels, Investessor ou Femmes Business Angels. Elles ont des processus de sélection rigoureux et offrent un accès à un deal-flow déjà filtré, mais les conditions sont souvent déjà fixées par les investisseurs des cercles précédents.
- Plateformes de crowdfunding en actions : C’est le dernier maillon de la chaîne. Les startups qui y arrivent n’ont souvent pas réussi à convaincre les investisseurs des cercles supérieurs, ou cherchent à compléter une levée de fonds déjà bien avancée pour des raisons de communication.
Cette structure explique pourquoi attendre un dossier sur une plateforme publique, c’est souvent arriver après la bataille. La véritable stratégie consiste à remonter cette chaîne de valeur pour se rapprocher de la source du deal-flow qualifié.
Comment intégrer un réseau de Business Angels sélectif quand on n’est pas un ex-CEO ?
L’idée qu’il faut être un ancien dirigeant du CAC 40 ou un entrepreneur à succès pour rejoindre un réseau de BA est un mythe tenace. Si un carnet d’adresses bien rempli est un atout, la véritable monnaie d’échange pour intégrer ces cercles est le capital de crédibilité. Ce capital ne se résume pas à votre fortune, mais à la perception de votre sérieux, de votre expertise (même de niche) et de votre capacité à contribuer au-delà du chèque.
Plutôt que de viser immédiatement les clubs les plus fermés, la stratégie consiste à se rendre visible et à construire progressivement son « track record » d’investisseur sérieux. Participer à des événements, même ouverts, est une première étape essentielle. Des réseaux comme Investessor organisent régulièrement des sessions de pitchs de startups accessibles à tous. C’est l’occasion de rencontrer des membres, de poser des questions pertinentes et de montrer votre intérêt de manière authentique. L’objectif n’est pas de signer un chèque le premier jour, mais d’entamer une conversation et de démontrer votre compréhension des enjeux.

Parallèlement, la posture est cruciale. Les réseaux recherchent des membres qui comprennent les règles du jeu. Comme le rappelle France Angels dans son guide, la prudence est de mise. Un bon Business Angel ne met jamais en danger son patrimoine.
Le Business Angel doit rester prudent dans sa capacité à investir et ne pas se mettre, ou sa famille, en danger en investissant plus de 5 à 10% de son capital disponible. En général, le Business Angel est plus expérimenté que l’entrepreneur. Il peut donc lui apporter les compétences acquises durant sa carrière professionnelle.
– France Angels, Guide du futur Business Angel
Montrer que vous êtes conscient de cette règle et que votre démarche est réfléchie est un signal fort. Apportez votre expertise, même si elle semble modeste : une connaissance fine d’un secteur, des compétences en marketing digital, en finance ou en droit. C’est cette contribution potentielle, couplée à une approche humble et curieuse, qui vous ouvrira les portes, bien plus qu’un CV prestigieux.
Être Lead Investor ou Follower : faut-il négocier le deal ou suivre ceux qui savent ?
Une fois dans un réseau, une question stratégique se pose : faut-il prendre l’initiative, mener la « due diligence » (l’audit approfondi de la startup) et négocier les termes de l’investissement (être « Lead Investor »), ou est-il plus judicieux de suivre le jugement d’un membre plus expérimenté (être « Follower ») ? Pour un investisseur individuel qui cherche à minimiser ses risques, la réponse penche très nettement vers la seconde option, à condition de le faire de manière éclairée.
Le rôle de Lead Investor est extrêmement chronophage et exige une expertise pointue. Il est responsable de l’analyse complète du dossier, de la négociation de la valorisation et des clauses du pacte d’actionnaires. En contrepartie de cet effort, il reçoit une part des plus-values générées par les autres investisseurs (le « carried interest »). Le Follower, lui, bénéficie de tout ce travail préparatoire et peut prendre sa décision sur la base d’un mémo d’investissement synthétique. Le ticket d’entrée minimum pour un Follower est également bien plus accessible, souvent à partir de 2 500 €.
Le tableau suivant résume les différences fondamentales entre ces deux postures :
| Critère | Lead Investor | Follower |
|---|---|---|
| Responsabilités | Source et gère le deal, due diligence approfondie | Participe selon sa discrétion |
| Rémunération | Carried interest jusqu’à 20% des profits | Gains proportionnels à l’investissement |
| Temps requis | Plus de 20h de due diligence | Revue du deal memo uniquement |
| Montant investi | Jusqu’à 1M€ par deal (moyenne 300K€) | À partir de 2 500€ minimum |
Mais l’argument le plus puissant en faveur de la posture de Follower est statistique. Une étude fondatrice a démontré une corrélation directe entre le temps passé en due diligence et la performance de l’investissement. Les retours sont radicalement différents : un multiple de 5.9X pour les investisseurs passant plus de 20 heures en analyse, contre seulement 1.1X pour ceux y consacrant moins de temps. Pour un investisseur individuel, il est presque impossible de dédier autant de temps à chaque deal. La stratégie la plus rationnelle est donc de s’appuyer sur le travail d’un Lead Investor qui, lui, a tout intérêt à faire cette analyse poussée pour maximiser ses propres gains et son « carry ».
L’erreur d’investir juste parce qu’une célébrité a mis un ticket (le biais d’autorité)
Suivre un leader est une stratégie puissante, mais elle comporte un piège psychologique majeur : le biais d’autorité. Ce biais nous pousse à accorder une confiance démesurée à l’opinion d’une figure perçue comme experte ou célèbre, au point de suspendre notre propre jugement critique. Dans le monde du capital-risque, cela se traduit par l’envie irrépressible d’investir dans une startup simplement parce qu’un « Super Angel » ou une personnalité connue y a placé un ticket. C’est une erreur potentiellement coûteuse.
Un nom prestigieux au capital d’une entreprise ne garantit en rien son succès. Les motivations d’un investisseur star peuvent être multiples et pas toujours alignées avec la performance pure : un pari marketing, un service rendu à un ami, ou simplement une diversification à l’aveugle dans un portefeuille de plusieurs dizaines de lignes. Il est essentiel de se rappeler que même les meilleurs se trompent. Les statistiques sont claires : environ 50% des investissements faits par les business angels ne rapportent aucune plus-value, et ce, quel que soit le prestige de l’investisseur.
Pour éviter de devenir un suiveur naïf, il faut transformer le biais d’autorité en un outil d’analyse. La présence d’un leader ne doit pas être le signal d’achat final, mais le signal de départ d’une analyse plus ciblée. Au lieu de demander « Dois-je investir ? », la question devient « Pourquoi CET investisseur a-t-il investi ? ».
Checklist d’audit : Analyser le « Capital Célébrité » avant de suivre
- Capital Marketing vs Stratégique : La célébrité apporte-t-elle une simple visibilité médiatique ou un accès réel à une audience qualifiée, un réseau de distribution ou une expertise sectorielle concrète ?
- Alignement des intérêts : L’investisseur a-t-il mis un ticket significatif par rapport à sa fortune, ou s’agit-il d’une « poussière » d’investissement ? Son implication est-elle active (siège au board, conseil régulier) ou passive ?
- Analyse du Track Record : Le succès passé de cet investisseur (ex: Xavier Niel avec Iliad, Marc Simoncini avec Meetic) est-il pertinent pour le secteur et le stade de maturité de CETTE startup en particulier ? Un succès dans les télécoms ne garantit pas une expertise dans la medtech.
- Identification du Capital Toxique : La réputation de l’investisseur leader est-elle irréprochable ? Un scandale associé à son nom pourrait-il nuire à la startup et donc à votre investissement ?
- Confirmation par d’autres experts : D’autres investisseurs respectés, peut-être moins connus mais tout aussi experts, ont-ils également participé à ce tour de table ? Un consensus d’experts est un signal bien plus fort qu’un nom isolé.
En utilisant cette grille, vous ne suivez plus aveuglément. Vous utilisez la présence d’un leader comme une première hypothèse de travail que vous vous efforcez de valider ou d’invalider. C’est la différence fondamentale entre un follower passif et un follower stratégique.
Cotisations et « Carry » : combien coûte réellement l’adhésion à un club de Business Angels ?
Accéder à un deal-flow qualifié et à l’expertise d’un réseau a un coût. Il est crucial de comprendre cette structure tarifaire pour évaluer la pertinence de rejoindre un club ou un syndicat d’investissement. Les frais ne se limitent pas à une simple cotisation annuelle ; ils incluent souvent des frais de structuration et, surtout, le fameux « carried interest », la commission sur la performance qui rémunère le Lead Investor et la plateforme.
Ces coûts varient considérablement d’une structure à l’autre. Les réseaux associatifs historiques (type France Angels) ont généralement des cotisations annuelles modérées (500 à 2 000 €). Les plateformes plus exclusives comme AngelSquare ou les clubs de « serial entrepreneurs » comme Leonis Investissement ont une structure de coûts plus élevée, mais donnent accès à un deal-flow souvent plus sélectif et à des services de structuration juridique via des SPV (Special Purpose Vehicle).
Le tableau ci-dessous présente quelques exemples de structures de coûts pour des plateformes françaises reconnues :
| Plateforme/Club | Frais d’entrée | Frais annuels | Carried Interest |
|---|---|---|---|
| AngelSquare | 5k€ HT + 4k€ HT création SPV | 1k€ HT/an | 15-20% |
| Leonis Investissement | 3 200€ HT/an adhésion | Inclus | 20% |
| Réseau classique | Variable | 500-2000€ | 0-20% |
Le carried interest est le coût le plus significatif. Une commission de 20% signifie que si votre investissement génère une plus-value, 20% de cette plus-value sera prélevée pour rémunérer le travail de sourcing, de due diligence et de gestion du Lead Investor. Cela peut sembler élevé, mais il faut le mettre en perspective avec la performance potentiellement supérieure obtenue grâce à cette expertise (le fameux multiple de 5.9X). C’est le prix à payer pour réduire son risque et accéder à des deals autrement inaccessibles.

Enfin, il ne faut pas oublier l’aspect fiscal, qui vient alléger le coût réel de l’investissement. En France, l’investissement au capital de PME peut donner droit à des réductions d’impôt sur le revenu. Comme le précise le guide de Goodfellaws : « Si vous êtes un business angel célibataire et que vous investissez 30 000 euros sur l’année, vous bénéficierez d’une réduction d’impôt sur le revenu de 7 500 euros ». Cet avantage fiscal est un élément essentiel de l’équation économique globale.
Comment participer à un Club Deal pour investir à plusieurs ?
Le concept de « Club Deal », bien que souvent associé à l’immobilier, est au cœur de la stratégie de co-investissement aux côtés des Super Angels. Il s’agit simplement de se regrouper à plusieurs investisseurs pour mutualiser les fonds, les compétences et les risques sur une seule et même opération. Dans l’écosystème startup, cela prend généralement la forme d’un SPV (Special Purpose Vehicle), une société holding créée spécifiquement pour l’investissement dans une cible unique.
Participer à un Club Deal via un SPV présente des avantages majeurs pour l’investisseur « Follower ». D’abord, cela permet de participer à des tours de table importants avec un ticket individuel plus faible. Selon la BPI, un club peut lever entre 300 000€ et 500 000€, avec une mise moyenne de 20 000€ par business angel. Ensuite, le SPV simplifie la gestion pour l’entrepreneur, qui n’a qu’une seule ligne sur sa table de capitalisation (« le SPV des investisseurs de tel club ») au lieu de 20 noms différents. Cela rend le deal plus attractif pour lui et facilite les tours de financement futurs.
Le processus pour participer à un tel club deal est structuré et suit généralement plusieurs étapes clés :
- Intégrer un réseau spécialisé : La première étape est de rejoindre une structure (club, plateforme) qui organise ces regroupements et met en relation les entrepreneurs avec les co-investisseurs.
- Analyser le mémo d’investissement : Une fois le deal sourcé et analysé par le Lead Investor, un document de synthèse est partagé aux membres. C’est sur cette base que vous décidez de participer ou non.
- Négocier et signer le pacte d’actionnaires : Le Lead Investor négocie les termes pour l’ensemble du groupe. En tant que Follower, vous adhérez à ce pacte qui définit les règles de gouvernance, les droits de chacun et les conditions de sortie.
- Attendre le closing : Une fois les engagements de tous les investisseurs réunis, les fonds sont versés à la startup. Ce processus peut prendre plusieurs mois entre la présentation du dossier et le déblocage effectif des fonds.
En somme, le Club Deal est le véhicule qui permet de mettre en pratique la stratégie du « Follower ». Il structure la collaboration, aligne les intérêts et donne accès à des deals de plus grande envergure, tout en bénéficiant du cadre juridique et de l’analyse fournis par le réseau et le Lead Investor.
À retenir
- L’accès aux meilleures opportunités d’investissement est hiérarchisé ; les plateformes publiques sont souvent le dernier recours.
- Devenir un « Follower » stratégique en s’appuyant sur la due diligence d’un « Lead Investor » expérimenté est statistiquement plus rentable et moins risqué.
- Le coût d’accès aux clubs d’investissement (frais, « carry ») est le prix à payer pour un deal-flow qualifié, une analyse experte et une réduction du risque.
Apporter de l’argent ou du réseau : pourquoi le « Smart Money » obtient de meilleures conditions ?
Dans l’univers du capital-risque, tous les euros ne se valent pas. L’argent accompagné d’une réelle valeur ajoutée – expertise, réseau, crédibilité – est qualifié de « Smart Money ». Les investisseurs qui apportent ce capital « intelligent » obtiennent systématiquement de meilleures conditions d’investissement (une valorisation plus attractive, des clauses plus favorables dans le pacte d’actionnaires) que ceux qui n’apportent qu’un chèque (« Dumb Money »).
Pour un fondateur, choisir un investisseur « smart » est un accélérateur stratégique. Cet investisseur peut ouvrir les portes de grands comptes, aider au recrutement de talents clés, conseiller sur la stratégie produit ou encore crédibiliser l’entreprise auprès des prochains financeurs. En échange de cette contribution décisive, l’entrepreneur est prêt à faire un effort sur la valorisation. C’est pourquoi les Super Angels et les BA très impliqués « paient » leurs actions moins cher que les investisseurs passifs qui entrent au même tour.
Pour l’investisseur individuel qui adopte une posture de « Follower », comprendre ce mécanisme est doublement important. Premièrement, cela justifie de payer des frais et un « carry » au Lead Investor : vous rémunérez son apport en Smart Money dont vous bénéficiez indirectement. Deuxièmement, même en tant que Follower, vous pouvez augmenter votre propre valeur au sein du réseau en signalant votre propre expertise. Le « menu » du Smart Money est varié :
- Expertise sectorielle : Une connaissance fine d’un marché, de ses concurrents, de ses régulations.
- Réseau commercial ou institutionnel : La capacité à introduire la startup auprès de clients potentiels, de partenaires ou de décideurs publics.
- Compétences fonctionnelles : Un savoir-faire pointu en marketing, technologie, finance, RH, etc., qui peut être mobilisé ponctuellement.
- Crédibilité et caution : Un nom ou un track record qui rassure les autres parties prenantes (employés, banques, futurs investisseurs).
Même si vous ne menez pas le deal, être identifié au sein de votre club comme « l’expert en logistique » ou « celui qui connaît tout le monde dans la medtech » vous rendra plus précieux. Cela peut vous donner un accès prioritaire à certains deals ou simplement renforcer la confiance des autres membres en votre jugement, consolidant ainsi votre position de Follower stratégique.
Pourquoi investir en PME non cotée rapporte-t-il plus que la bourse malgré le risque d’illiquidité ?
Investir dans des entreprises non cotées, et particulièrement dans des startups, comporte des risques évidents : le risque d’échec est élevé et les parts sont illiquides, c’est-à-dire qu’on ne peut pas les revendre facilement comme une action en bourse. Alors, pourquoi cette classe d’actifs continue-t-elle d’attirer les investisseurs ? La réponse réside dans la « prime de risque » : un potentiel de rendement nettement supérieur qui vient récompenser ceux qui acceptent ces contraintes.
En moyenne, le retour sur investissement attendu pour un portefeuille de business angel diversifié est bien plus élevé que celui des marchés boursiers. Selon France Angels, le ROI moyen pour un business angel est d’environ 22% par an. Cette surperformance n’est pas magique ; elle est la compensation directe du risque d’échec et de l’illiquidité. Vous êtes payé pour votre patience et pour votre capacité à sélectionner les bons dossiers.
Cependant, ce chiffre de 22% est une moyenne. La réalité du capital-risque est une loi de puissance (« power law ») : une infime partie des investissements (les « home runs ») génère la quasi-totalité de la performance du portefeuille, tandis que beaucoup d’autres aboutissent à une perte totale ou partielle. La clé pour atteindre et dépasser ce ROI moyen n’est donc pas de trouver LA pépite, mais de construire un portefeuille suffisamment large pour être statistiquement exposé à l’une de ces réussites exceptionnelles.
C’est là que la stratégie du co-investissement en club prend tout son sens. Seul, un investisseur individuel peut difficilement se constituer un portefeuille de 30 ou 40 startups, niveau considéré comme optimal pour lisser le risque. En rejoignant un réseau et en prenant des tickets plus petits sur de nombreux deals qualifiés par des Leads différents, vous pouvez atteindre cette diversification. Vous mutualisez non seulement le capital et la due diligence, mais aussi et surtout le risque, augmentant ainsi drastiquement vos chances de capturer la performance explosive qui caractérise cette classe d’actifs.
La démarche pour investir aux côtés des Super Angels est donc moins une question de fortune personnelle que de stratégie. Elle consiste à accepter l’asymétrie d’information, à choisir délibérément un rôle de Follower avisé, et à intégrer les structures collaboratives qui donnent accès à l’expertise collective. L’étape suivante pour vous consiste à évaluer les différents réseaux et clubs d’investissement pour identifier celui qui correspond le mieux à votre profil et à vos ambitions.